Trois facteurs qui ont transformé Singapour en centre de logistique globalpar World Bank Group

Singapour dans les années 90 (à gauche) et aujourd'hui (à droit).

Dès qu’il a gagné son indépendance en 1965, Singapour a été un pays à faible revenu ayant des ressources naturelles limitées et qui a manqué d’infrastructures de base, d’investissements et d’emplois.

Quelques décennies plus tard, l’image ne pourrait pas être plus différente. Singapour est devenu l’un des pays les plus riches de l’Asie, en grande partie grâce à son émergence en tant que centre de logistique le plus performant de la région (voir l’Indice de performance logistique de la Banque mondiale).

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui, la petite Cité-État abrite le plus grand port de transbordement de conteneurs au monde, relié à plus de 600 ports dans le monde entier. L’aéroport Changi de Singapour est répertorié comme étant le mieux à l’échelle internationale, et est servi par approximativement 6,800 vols hebdomadaires vers 330 villes. Enfin, la valeur commerciale de la nation insulaire s’élève à 3.5 fois son PIB.

Les accomplissements de Singapour ne se sont pas réalisés par hasard. Ils résultent d’une combinaison de politiques publiques prévisionnelles et d’un engagement vaste du secteur privé. Cette expérience pourrait fournir quelques leçons à n’importe quel pays en voie de développement qui cherche à améliorer son réseau de logistique. Examinons les trois facteurs clés de succès :

Établir la connectivité

Comparativement à d’autres centres majeurs de transport, le marché local de Singapour est relativement petit. Le développement de connexions à haute fréquence vers des centaines de destinations à travers le monde n’était pas un fait donné et est le résultat d’une politique d’expansion proactive.

Dans le cadre de ces efforts, l’Autorité de l’aviation civile de Singapour a conclu des Accords de services aériens (ASA) avec les autres 130 États et Territoires pour augmenter le nombre de connexions aériennes. De même, le port a travaillé en étroite collaboration avec les compagnies maritimes afin de construire l’un des réseaux maritimes les plus denses de transport au monde. Singapour dispose d’un vaste réseau d’Accords de libre-échange avec plus de 30 partenaires commerciaux afin d’améliorer son accès aux principaux marchés. Ceci encourage les entreprises de toute la chaîne logistique à opérer à partir de Singapour, car elles savent qu’elles peuvent compter sur des connexions fréquentes et fiables pour atteindre rapidement les marchés mondiaux. En fait, les connexions de haute fréquence permettent parfois aux marchandises d’atteindre leur destination plus rapidement via Singapour qu’elles ne le feraient par des expéditions directes !

Infrastructure et processus novateurs 

Au fil du temps, le secteur de logistique de Singapour a construit des infrastructures et des processus de classe mondiale. Le pays pense constamment au futur et plusieurs initiatives se construisent pour l’avenir dans tous les secteurs de la chaîne logistique.

À l’achèvement du Port 2030de la nouvelle génération, le port de Singapour sera en mesure de traiter l’équivalent de 65 millions de conteneurs d’expédition standard, ce qui en fait la plus grande installation intégrée dans le monde. Il explore des véhicules guidés automatisés sans conducteur, exploitant des capteurs intelligents pour détecter les anomalies d’expédition, comme la piraterie et l’analyse des données pour prédire des endroits de congestion routière.

Dans le secteur de l’aviation, des plans sont prévus pour doubler la capacité de l’aéroport. Le fret aérien est encouragé à utiliser Singapour via une infrastructure et des processus spécialisés. Il y a le Parc logistique de l’aéroport pour les cargaisons exigeant un transport rapide, les centres de chaîne frigorifique pour les denrées périssables et les installations express régionales afin de répondre à l’émergence d’activités reliées au commerce électronique. Le personnel reçoit également une formation régulière afin de s’assurer qu’ils puissent se maintenir au niveau des nouvelles technologies et qu’ils disposent des compétences nécessaires pour traiter différents types de cargaison. Par exemple, l’un des centres de chaîne frigorifique de l’aéroport a été le premier au monde à recevoir la certification IATA CEIV Pharma pour la manutention de cargaisons pharmaceutiques.

Pour faciliter le commerce, Singapour a lancé le premier Guichet unique national au monde en 1989, qui a numérisé et rationalisé les processus d’approbation des permis commerciaux. Avec plus de 35 agences gouvernementales sur cette plate-forme, ceci a obligé l’ensemble du gouvernement à changer sa mentalité de “contrôler le commerce » à “faciliter le commerce ». Aujourd’hui, les permis pourraient être approuvés électroniquement en quelques minutes à l’aide d’un e-document. Cependant, chaque expédition peut impliquer beaucoup plus de tiers et de documents au sein de toute la chaîne d’approvisionnement, allant des fabricants aux entreprises de logistique, aux entreprises de financement commercial et aux consommateurs. Un Guichet unique national amélioré est actuellement en cours d’élaboration, de sorte qu’il intégrera autant de transactions Business-to-business que possible en une seule plate-forme numérique.

Encourager la Participation du Secteur privé 

Le gouvernement reconnaît l’importance d’inclure le secteur privé au coeur des décisions politiques. Au fil du temps, les opérateurs portuaires et aériens ont été transformés en sociétés pour s’assurer qu’ils restent sensibles aux besoins de l’industrie. Depuis la privatisation, les volumes de fret pour l’opérateur portuaire PSA se sont multipliés, et l’entreprise a investi dans près de 40 terminaux au sein du monde entier. L’augmentation de la concurrence du secteur privé a encouragé les acteurs de l’industrie à être commercialement habiles, et a aidé à rendre le secteur logistique de Singapour plus efficace.

Le gouvernement a aussi attiré des investisseurs à Singapour en assurant un climat propice à l’investissement et en développant les bonnes incitations pour la participation du secteur privé. Aujourd’hui, 20 des 25 premières entreprises mondiales de logistique gèrent leurs opérations globales ou régionales à partir de Singapour. Avoir autant de poids lourds ici motive les entreprises locales à imiter les normes internationales.

Une consultation approfondie auprès du secteur privé est également encouragée avant que l’investissement public ne soit approuvé, en s’assurant ainsi que l’infrastructure construite répondra aux besoins opérationnels réalistes. En outre, le gouvernement encourage le secteur privé à investir dans des infrastructures complémentaires. Par exemple, les opérateurs du secteur privé comme SATS et FedEx ont investi dans des installations de fret aérien telles que les centres de chaîne frigorifique et les installations régionales de fret express, avec le gouvernement aidant à établir une analyse de rentabilisation pour de tels investissements. Les défis sont résolus ensemble, de sorte que l’investissement ait un sens commercial pour le secteur privé. Un solide partenariat du secteur privé garantit que les initiatives sont commercialement durables à long terme et qu’elles ne deviennent pas un fardeau pour les fonds publics.

Ces trois facteurs – la connectivité, les infrastructures et processus ainsi que la participation du secteur privé – créent un écosystème intégré qui permet à la logistique de prospérer. Le succès de Singapour montre que, avec une vision avant-gardiste et beaucoup de détermination, un pays en voie de développement disposant de peu de ressources peut devenir un centre de logistique important. Nous espérons que l’histoire de Singapour inspirera aussi d’autres économies émergentes!

 

Traduit de: http://blogs.worldbank.org/transport/three-factors-have-made-singapore-global-logistics-hub